Voisins du Zéro  de Pierre-Etienne Vilbert

Texte & Mise en scène
Pierre-Etienne Vilbert

Scénographie
Pierre-Etienne Vilbert
& Stephane Wolffer

Costumes
Louise Geber

Lumière
Stephane Wolffer

Avec
Séphora Haymann
Nathalie Matter
Julien Siehr
Marie Vonpierre

Création au TAPS SCALA à Strasbourg en 2007 
avec le soutien du Conseil Général du Bas-Rhin

Reprise Mai 2010 au théâtre Le Pré0 à Oberhausbergen (67)

L'histoire
 

Impasse. Un homme en difficultés. Une femme à cran. Une fille plus tellement enfant. Et une Furie pas tellement en colère. Quatre personnages pour un huis-clos. Tout commença certainement dès la perte de son emploi. Mais il n'en est plus sûr. L'homme se remémore sa propre histoire. Des ennuis financiers à la joie du premier gain, il se souvient que le jeu est devenu un jour le remède au mal qui le rongeait. Ou était-ce justement le poison délicieux, responsable de sa chute ?
 


"Certains ont des malheurs; d'autres, des obsessions.
Lesquels sont le plus à plaindre ?"

Michel Cioran De l'inconvénient d'être né

 

Note d'intention
 

Partant du constat que les obsessions de notre époque rongeaient le cœur de mes semblables j'ai voulu raconter une tragédie contemporaine. Une histoire proche de nous avec des héros qui s'ignorent, qui n'en sont peut-être pas, mais où les seuls monstres à combattre sommeillent en chacun. C'est en observant notre société qu'est venue l'idée des obsessions. Ces obsessions aux multiples objets qui nous accablent à différentes échelles, mirages que nous tentons d'attraper, qu'il nous arrive de prendre pour le bonheur.

Une tragédie contemporaine
Point central. Un homme.
Une situation délicate où le chômage, la fragilité psychique et le manque d'argent font bon ménage.
En périphérie.
Une femme devenue amère et vénale.
Une fille qui veut être la plus belle, pour "être vite une grande".
Et le jeu.
Et le gain.
Et le jeu. Et la perte. Et le jeu encore.
Jouer jusqu'à en oublier complètement la réalité. Jusqu'à sombrer dans la folie.

 

"L'opposé du jeu n'est pas le sérieux mais la réalité."
Sigmund Freud

 


Un langage cinématographique souvent proche de notre quotidien, bien que toujours teinté de poésie, tisse la pièce. Entouré de comédiens, comédiennes et techniciens motivés par un projet dont ils ne connaissaient que les quinze premières pages, j'ai achevé "Voisins du Zéro" et préservé le secret jusqu'à la dernière ligne: un texte violent et sombre, pourtant toujours parsemé d'humour.

La proximité du miroir, la proximité du gouffre
Tout d'abord je souhaite plus que jamais obtenir un rapport très intime entre la scène et la salle. Une confession a lieu, toute proche, l'histoire se raconte et son image reconstituée renvoie au spectateur sa part d'ombre. Quelle obsession vous hante également ? Quelle chimère est la vôtre ? Et à qui la faute ?
Bien qu'il soit question de personnages que l'on peut qualifier de monstrueux, il m'importe que l'on perçoive en eux la part d'humanité, voire d'innocence.Car il y a toujours, selon moi, des courants paradoxaux dans le cœur d'un être humain, y compris -ou d'autant plus- dans le cas de personnes devenues violentes.Et c'est bien pour cela que, comme dans toutes mes pièces, demeurent des moments de légèreté et d'humour. Au-delà de permettre au spectateur de reprendre son souffle, ces bouffées rafraîchissantes jouent un rôle prépondérant. Ces instants nous rappellent ce contraste présent tant chez l'humain, qu'au sein de l'existence, cette succession d'évènements tantôt horribles, tantôt merveilleux.

Un compte à rebours vivant
Le spectateur sera comme au milieu d'un film qui se rembobine, et se raconte "en corps". Loin d'être une histoire dramatique de plus, je veillerai à conserver la densité propre aux authentiques tragédies. Les protagonistes ne sont pas les simples pantins d'un fait divers mais les héros d'une époque qui ne veut pas d'eux. Ils sont les monstres qui dépassent les limites d'une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Leur destin tragique fait écho à celui d'Oedipe, de Médée ou de Thyeste. Ils ne sont certes pas complètement comme les "gens normaux" mais en sont pourtant si proches. Cela d'ailleurs explique la présence de Tisiphone, authentique Furie de la mythologie, qui, loin d'exprimer la colère divine, s'interroge tel un chœur amnésique.

Les dangereuses chimères d'une société
La responsabilité de notre société moderne apparaît clairement tout au long de cette histoire. En dépit de leur nature, de leurs actions, les obsessions qui traversent ces personnages proviennent de notre époque. Il est bel et bien question d'une société toujours si peu concernée par le sort des individus qui la composent. Si peu responsable de ce qu'elle suscite, elle crée des dépendants-nés, prêts à consommer à en perdre haleine, à posséder toujours plus, à devenir coûte que coûte le plus beau ou le plus fort. Les individus, dès leur plus jeune âge, en font les frais. Cherchant à se conformer à des modèles véhiculés par les médias, sur lesquels la société n'a plus prise, ils s'égarent. C'est en somme l'histoire tragique d'une génération écrasée par le berceau qui l'a vu naître, qui se devait de la préserver. Une société qui n'a de cesse de produire pour chacun d'entre nous de nouveaux sujets d'obsession, fruits empoisonnés après lesquels nous courons jusqu'à, comme c'est le cas pour le héros central de "Voisins du Zéro", la fatale ingurgitation...


Pierre-Etienne Vilbert
20 septembre 2006

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